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Quelques albums de bande dessinée à ne pas manquer

Des bulles pour tous les âges et tous les goûts

mercredi 26 septembre 2007

Abdallahi, tome 1, de Christophe DABITCH (scénario) et Jean-Denis PENDANX (dessin)
Editions Futuropolis, 2006 15 euros

Il est certains êtres, uniques, dévorés par une passion, habités par un ideal ou par le désir d’aller voir plus loin. René Caillié est l’un de ces êtres singuliers, dont la courte vie est un parcours initiatique, un combat et/ou un chemin de croix.
Cet homme, fils de bagnard, né en 1799 dans un village de Charente, a parcouru les terres d’Afrique pour aller jusqu’au bout de son rêve.
Il est certains lieux au monde particulièrement entourés de légendes. Tombouctou est l’une de ces villes mythiques qui entre dès le 17e siècle dans l’imaginaire des Européens. Tombouctou, nouvel eldorado ? Ville pavée d’or ? Mais Tombouctou l’inaccessible au cœur de l’Afrique centrale, au bout d’un chemin semé d’embûches, de dangers, de mystères et de souffrances. Au cours du 18e siècle, les Européens entrent en compétition et organisent de nombreuses expéditions vers Tombouctou, en vain.
Il était peut-être logique que seul un homme illuminé et déterminé comme Caillié puisse atteindre ce lieu chargé de tant de rêves et de désirs.
Il est en fait le premier Européen à entrer dans Tombouctou au terme d’un voyage de deux ans, de 4500 kilomètres à pied, sans moyens, sans ressources et sans aide, et à en ressortir vivant !
C’est cette matière incroyable qu’ont prise Dabitch et Pendanx, qui ont parlé ensemble de René Caillié pour la première fois au cours d’un voyage au Birkina-Faso. Ils ont utilisé leurs impressions d’Afrique et le journal de Caillié pour créer ce très beau récit en deux volumes. Certains faits sont racontés par Caillié, d’autres sont imaginés par les auteurs, dont la création du personnage d’Arafanba, l’homme noir sans attaches, dans tous les sens du mot, ami et alter ego de Caillié.
Sur une terre d’ocre, une tente de nomades, celle d’un seigneur Brakna, devant lequel un homme est agenouillé. On distingue mal son visage dans la pénombre, il est vêtu comme un Maure, porte barbe et turban, parle la langue du prophète et connaît la prière. Telle est notre première vision du personnage, dans la première planche de l’album. C’est un blanc qui veut se convertir à l’islam, il s’appelle désormais Abdallahi (serviteur de Dieu). Il demande la protection du roi Hamet-Dou. Nous sommes le 3 août 1824, René Caillet s’efface pour devenir un autre. Que ne ferait-il pas pour atteindre Tombouctou !
Il passe quelque temps chez les Braknas où il apprend le Coran, il est surveillé et observé par ces gens qui ne comprennent pas ce qui pousse un blanc à se convertir ! Il fait la connaissance de Arafanta, avec lequel il noue une relation complexe fondée sur le mensonge et le non-dit, tient son journal puis gagne le Sénagal où il espère convaincre le gouverneur de le financer. Celui-ci refuse d’aider un homme blanc qui a renié les siens. Qu’importe, Abdallahi continue sa route, s’invente un nouveau passé et avance …
C’est un livre passionnant et envoûtant. Plastiquement tout d’abord, les couleurs directes et chaudes de Pendanx qui décline magnifiquement les gammes d’ocres des terres et des peaux africaines, et qui traite l’ombre et la lumière avec beaucoup de densité.
Le rené Caillié dont il est question ici est un homme infiniment complexe, fait de multiples contradictions, qui endosse de nouvelles identités pour avancer, au risque de se perdre et de se couper de toutes les communautés. Il traverse pourtant les épreuves et trouve toujours des gens pour l’aider. On ne parvient pas à trancher si l’homme est fou ou sain d’esprit, peut être attachant, naïf et désarmant autant qu’il se montre aussi antipathique et égocentrique.
Et puis, à travers le parcours individuel du personnage émerge la question douloureuse des relations entre l’Europe et l’Afrique, entre les Blancs et les Noirs, ce que signifie être blanc en Afrique au 18e siècle, ce qui poussaient les hommes à pénétrer dans l’intérieur des terres comme pour dominer et asservir l’Afrique. Résonne aussi la place de l’Islam, question qui trouve un large écho dans notre monde en proie à des tensions communautaires et religieuses.
Le second volet de cette magnifique histoire est également disponible chez le même éditeur.
A partir de 14, 15 ans

Pour approfondir ce sujet passionnant, on pourra lire utilement
René Caillié, 1799-1838, une vie pour Tombouctou, de Alain Quella-Villeger / préface de Théodore Monod, aux Editions de l’Actualité scientifique, 1999

Journal d’un voyage à Tembouctou et à Jenné dans l’Afrique centrale, de René Caillié, aux éditions des Ecrivains, 2000

Voyage à Tombouctou, de René Caillié, à La découverte, 1996

Une histoire de Tombouctou, de Tor A. Benjaminsen et Gunnvor Burge, chez Actes Sud, 2004

Les Aventures de Mégamonsieur, tome 1 : L’Attaque des ploutes, de Martin DESBAT
Editions Lito, 2006 (Onomatopée) 9 euros

Dès la première planche, on fait connaissance avec la fantastique cité de Luon dans une plongée vertigineuse, cité où les maisons ont une âme, un cerveau entre leurs quatre murs, où elles tentent de résister aux promoteurs et à la mutation urbaine.
Où soudain surgit un petit être habillé d’un ridicule tricot jaune surmonté d’une cape rouge volant au vent : c’est Mégamonsieur, un vrai Super Héros. Vrai ? Pas encore ! Il faut se procurer un équipement et des pouvoirs de super héros. Il faut sauver des vies, le monde, l’univers, se faire connaître et se faire aimer. En attendant, Mégamonsieur boit du thé issu du commerce équitable pour aider les paysans du Tiers-Monde. Bref, notre Mégamonsieur a du boulot. Cela tombe bien car dans l’usine de poulets de la zone industrielle, c’est le carnage, l’horreur quotidienne quand les volatiles transgéniques en batterie passent à la moulinette industrielle. Quelques-uns en réchappent, s’échappent et mutent : ils deviennent d’énormes oiseaux mutants que l’on appelle les Ploutes, qui sèment la terreur en ville, bouffent les gens avec leurs grandes dents qui poussent ! L’occasion rêvée pour notre Mégamonsieur de faire ses preuves, des jeux de mots, des cascades époustouflantes et un peu de morale en passant. Il en profite aussi pour se faire quelques amis car d’autres aventures l’attendent … dans de prochains albums.
Cet album est l’un des meilleurs de cette première livraison, aussi bien sur le plan graphique que sur le fond. Le dessin de M. Desbat, au trait simple et direct, est très efficace dans les nombreuses scènes d’action et il prend de l’envergure dans certaines scènes à l’intérieur de l’usine ou dans la cité envahie par les ploutes. Expressivité et efficacité sont au rendez-vous et la mise en couleurs, utilisant des gammes variées, contribue à l’ambiance très particulière de l’album.
Le héros est un personnage naïf et très touchant qui met son idéalisme au service de grandes causes écologiques. A travers un regard humoristique et ironique, M. Desbat aborde des thèmes essentiels qui gangnènent le monde : utilisation d’OGM, alimentation industrielle, mutations génétiques, cynisme des multinationales de l’agro-alimentaire, pollution, transformation des villes …
C’est intelligent et fort bien fait. A partir de 10 ans.

Martin Desbat est né en 1982. Il est diplômé de l’école Emile Cohl à Lyon. C’est là qu’il a créé son super héros, Mégamonsieur. Il travaille aussi pour l’édition jeunesse.

Tout doit disparaître, de Simon Hureau
Editions Futuropolis, novembre 2006, 23 euros

Un bourg comme il y en a plein en France. Celui-là est en Basse-Normandie, traversé par la Nationale 13 et les camions qui passent.
Il n’y a pas grand chose à faire au bourg, les commerces ont fermé les uns après les autres, remplacés par les supermarchés de la périphérie, ces « palais du négoce forcené ». La manufacture derrière l’église est, elle aussi, désaffectée. Il reste quelques cafés, un cinéma et un tabac-journaux. Les habitants vieillissent aussi, comme les pierres et les murs, et, sans illusions, ils cherchent à vendre leurs maisons aux promoteurs qui écument le coin, promettant aux Parisiens le calme et l’authenticité de la vie aux champs, si rustique quoi !
C’est là que vivent Sabine et Alicia. Elles sont amies, lycéennes et elles traînent leur ennui, leur envie d’ailleurs et leurs godillots dans les rues du bourg. Elles sont en attente mais elles ignorent de quoi. Rien à faire sinon subir la routine et les blagues graveleuses des garçons du lycée.
Elles font alors la connaissance de Mélusine, la nièce du buraliste, une gothique qui fait parler les commères du bourg, forcément. Mélusine a déjà pas mal bourlingué dans sa courte vie et elle se fait peu d’illusions sur les relations humaines, sur l’amour, le sexe, la valeur de la vie, l’argent, le sens du mot « avenir ».L’irruption de Mélusine dans la vie tranquille d’Alicia et de Sabine fait effet de détonateur. Elles rencontrent aussi Greg, qui traficote avec un promoteur, et José, le fils de ce dernier, puis Dario, un type glauque dont la vie n’est pas un long fleuve tranquille ! Elles sortent, vont en boîte, boivent un peu. Elles ont enfin l’impression de vivre plus intensément. Jusqu’à ce que les choses basculent dans le drame, la violence des sentiments et des gestes peu contrôlés que l’on regrette après, forcément, alors qu’il est trop tard et que la vie est passée à la rubrique sordide des faits divers.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Tout doit disparaître, encré en noir et rouge, n’est guère optimiste !
On est pourtant très rapidement happé par la puissance d’évocation du récit, par l’âpreté et la justesse du ton.
Simon Hureau connaît bien le lieu qu’il raconte ici, qui existe à des milliers d’exemplaires en France, qui suinte l’ennui et le désenchantement. Le lieu, chez Simon Hureau, est d’ailleurs tout aussi important que les personnages. « Eternel urbain, la vie rurale m’a toujours intrigué. J’ai nourri une sorte de fescination pour ces bourgs délaissés par les grands axes de circulation. » Le récit est ponctué de notations très justes sur l’atmosphère, les gens qui philosophent sur l’époque, les cancans, ceux qui « sont des nids à malheur » et que l’on montre du doigt, discrètement mais avec délectation, sur le temps qu’il fait, la nostalgie de l’enfance, les « quatre voies » qui déforment le paysage et la vie des gens ou bien l’ »infâme lueur des réverbères ». Dans ce contexte très précisément rendu, qu’il met en place en prenant son tems, Simon Hureau installe des personnages banals, jeunes et déjà sans illusions, qui se révèlent incapables de contrôler leurs émotions lorsqu’ils sont confrontés à l’insolite, à la violence, à l’inconcevable.
C’est véritablement poignant, très maîtrisé dans le découpage en 7 chapitres aux titres laconiques. On plonge dans ce récit que l’on garde ensuite longtemps en soi.
Simon Hureau, qui a déjà quelques albums très intéressants à son actif, dont le Bureau des prolongations, chez Ego come X (récit d’un voyage au Cambodge) ou, plus récemment le très beau Empire des hauts murs, chez Delcourt, montre qu’il est un véritable auteur, par la qualité de son écriture et la densité narrative de ses planches.

Simon Hureau a 29 ans et vit en région parisienne.
Après avoir fait les arts-déco à Strasbourg, il participe en 1999 à la création d’une association de micro-édition multipliant les petits tirages. En 2001, il remporte le deuxième prix Jeune Talent à Angoulême. Il collabore à de nombreux collectifs de bande dessineé.
Il aime voyager (Togo, Burkina-Faso, Cambodge, Thaïlande), l’Afrique, l’ornithologie, la naturalisation, le jardinage, le patrimoine architectural, l’estampe, les arts plastiques, le cinéma et les livres.

Petit Sapiens, tome 1 : La Vie de famille, de Ronan BADEL, Ronan
Lito, 2006 (Onomatopée) 9 euros

Petit Sapiens nous entraîne chez les siens, de bons vieux homo sapiens qui découvrent, grâce à une belle caverne bien abritée, des aléas de la survie préhistorique, les joies de la vie sédentaire
Petit Sapiens est donc le narrateur, qui nous raconte son quotidien avec ses yeux et ses réflexions souvent naïves d’enfant. Dans la famille Sapiens, il y a papa, un chasseur costaud un peu rustique adepte du barbecue, mamie amie des bêtes qui ne l’aiment pas toujours, la sœur, le pépé et la pauvre mémé qui perd la boule et le nord. Il raconte donc l’installation dans la caverne, la construction du barbecue, la chasse qui n’est décidément pas un art facile, les cueillettes avec maman, les histoires de pépé de quand il était jeune, le soir où la famille cherche mémé, les dessins qu’il fait sur les murs de sa grotte … Un récit composé de six histoires, drôles, émouvantes parfois, où les images et les textes se répondent parfaitement et font rebondir l’intérêt. Une vraie famille dont les préoccupations ne sont pas si éloignées de celles d’aujourd’hui. Cette histoire tendre s’attache essentiellement aux relations entre les personnages et au décalage entre ce qui est dit par le jeune garçon, leurs préoccupations et le contexte dans lequel ils vivent. Le ton rappelle celui du roman de Lewis : Comment j’ai mangé mon père. A partir de 10, 11ans

Les Tuniques bleues, tome 49 : Mariage à Fort Bow, de Raoul CAUVIN et Willy LAMBIL
Dupuis, 2005 8,50 euros

Lorsque nos deux vaillants héros parviennent au fort commandé par le colonel Appletown, ils trouvent une situation délicate. En effet la région risque d’être mise à feu et à sang à cause d’un certain Cochran qui braille partout qu’il a trouvé de l’or dans le coin. Le plan du quidam est simple : attirer les chercheurs d’or, aventuriers et pionniers qui traverseront les territoires indiens que commande Loup Gris. Celui-ci réagira et attaquera, forcément. Au final les Indiens seront massacrés sans autre forme de procès car ce sont eux les méchants, et leurs terres seront ainsi confisquées par Cochran. Blutch et Chesterfield constituent en fait les seuls renforts demandés par Appletown, renforts qui, pour l’instant, ont d’autres priorités. La belle Amélie, fille du colonel, déjà rencontrée dans d’autres albums, séjourne au fort et nos deux soldats, à défaut de gagner la guerre, aimeraient au moins gagner le cœur de la belle ! Mais il faut réagir face aux dangers qui menacent. Blutch et Chesterfield, aidés de l’éclaireur indien qui assure la traduction, doivent aller négocier avec Loup Gris. Celui-ci exige que le colonel lui donne sa fille en gage de bonne foi ! Une fille de colonel épousant un Peau-Rouge ? Impensable ! Lequel des deux émissaires va se dévouer pour dénouer une crise inévitable ?
49e tome d’une bonne série d’aventures historiques où l’humour est toujours présent. Blutch et Chesterfield sont décidément increvables et plutôt en forme dans cet épisode. Ils mènent leur mission de manière intelligente, entre les blancs sans scrupules et méprisants et les Indiens méfiants –on peut les comprendre ! et prêts à en découdre. Le récit est ponctué de gags toujours bien amenés car Cauvin et Lambil savent y faire. Enfin la couverture attire la curiosité du lecteur qui vaut comprendre comment on a pu en arriver là … A partir de 9, 10 ans.

Octave, tome 3 : Octave et le manchot papou, de David CHAUVEL et ALFRED
Delcourt jeunesse, 2005. 8,90 euros

Octave est un petit garçon qui vit avec sa maman dans une maison plantée sur une falaise dominant la mer. La mer, il la regarde seulement, Octave, elle rythme sa vie mais il s’en méfie car elle lui a pris son papa.
Pourtant dans chacune des aventures d’Octave, la mer joue un grand rôle car elle lui amène un animal, un ami à sauver, comme pour se faire pardonner …
Après un cachalot échoué et une daurade royale, c’est un manchot papou qui fait irruption dans la vie d’Octave, venu du froid sur un morceau de glace détaché de la banquise à cause du réchauffement climatique (« L’effet de cerf », explique doctement un copain). Octave recueille donc Spib et le cache, ce qui lui vaut quelques ennuis avec les adultes, notamment avec madame Lecorre, la terrible maîtresse d’école, dont la première vignette de la page 10 est une véritable vision de cauchemar ! Octave, aidé par les copains de l’école, cherche le moyen de renvoyer Spib chez lui où il sera bien plus heureux …
Album intéressant à plus d’un titre. Le récit est construit à partir d’un thème central lié à des préoccupations écologiques. Mais on suit aussi l’évolution psychologique d’Octave, ce garçon malmené par le vie et qui se méfie donc d’elle et se réfugie dans la solitude. La première planche est éloquente ! Alfred, dont le trait simple est efficace et expressif, nous montre un garçon malheureux qui n’aime rien ni personne. Puis peu à peu, en acceptant l’aide des autres pour sauver son ami, il prend confiance, devient plus gai et plus heureux. C’est intelligemment fait, pertinent et plein de tendresse. A partir de 8 ans.

Le Trio Bonaventure, tome 3 : L’Enfant de sable, de CORCAL et EDITH
Delcourt jeunesse, 2006 8,90 euros

Barnabé, Bénigne et Baltus Bonaventure ont troqué leur table ronde contre une rectangulaire -vacances obligent ! mais cela ne les empêche nullement de s’embarquer dans une nouvelle aventure fantastique et poétique, comme eux seuls savent le faire, en y mettant tout leur cœur. Ils sont au bord de la mer, à la toute fin des vacances. L’ambiance pourrait être à la mélancolie. Deux mystères les intriguent : les personnages de sable plantés sur le rivage, comme surgis de nulle part, et la grande maison bâtie sur la falaise d’où, la nuit, sortent de drôles de lueurs. Serait-elle hantée ? Ils rencontrent ensuite deux personnages plus qu’étranges, un chercheur … d’enfants de sable, nommé Charles Faulkner, qui collectionne les morceaux de verre polis et les fait raconter leurs histoires, puis Pauline, une enfant de sable avec laquelle Barnabé se lie lorsqu’il décide de ne plus quitter la plage.
On retrouve ce trio de frères et sœur avec infiniment de plaisir car on s’installe en leur compagnie dans un univers qui a à voir avec le nôtre bien sûr, mais avec beaucoup plus de poésie et de personnages qui vont au bout de leurs rêves, quitte à passer pour de joyeux farfelus, ce dont ils se contrefichent éperdument. Chaque histoire des Bonaventure nous apporte, comme au bord de la mer, son lot de jolies trouvailles, de moments délicieux où l’on peut s’échapper des sentiers battus, où rien n’est attendu ni prévu. Il y a de magnifiques idées dans ce troisième album, dont on ne dévoilera rien ici pour laisser intact le plaisir de les découvrir. Tout y est habilement pensé et raconté, et bellement mis en images par Edith qui sait à merveille laisser le charme agir. De la belle ouvrage en vérité, à faire lire aux petits et à lire soi-même pour se rappeler la magie de l’enfance et de sa capacité à inventer.
Fantastique, à partir de 9 ans

Gargouilles, tome 3 : Les Gardiens, de Denis-Pierre FILIPPI et Silvio CAMBONI
Les Humanoïdes associés, 2005 12,60 euros

Grégoire, douze ans, a découvert un monde magique qu’il a commencé à explorer dans les deux albums précédents. Il navigue ainsi entre le monde actuel, sa maison et sa famille et une cathédrale du 18e siècle peuplée d’êtres magiques, pas toujours avenants. Il y a cependant des correspondances entre ces deux mondes, comme son horrible tante qui devient sorcière dans le passé, ou sa belle mais dangereuse cousine Edna qui fait son apprentissage de magicienne. Dans ce troisième voyage, Grégoire, guidé par sa gargouille Phidias, doit entrer dans une école de magiciens et participer à une bataille de sorciers. Il doit aussi séduire sa cousine et déjouer les plans de son infâme tante. Quel travail ! Pas le temps de souffler, de rêvasser et de se laisser vivre !
Cette bonne série fantastique a de nombreuses qualités et séduit un large public, enfants comme adultes. Elle nous offre des personnages attachants, une ambiance parfois complètement déjantée, des moments poétiques, des anachronismes et des décalages savoureux. Le graphisme de Camboni est excellent, spectaculaire, drôle et inventif, servi par les couleurs lumineuses de C. Moulart. Un album qui procure à la fois un plaisir très visuel et qui raconte aussi une bonne histoire dans laquelle on s’immerge sans efforts. A partir de 10 ans.

Jojo, tome 15 : Une fiancée pour papa, de André GEERTS et Sergio SALMA
Dupuis, 2005 8,50 euros

Jojo s’inquiète pour son papa qui est seul depuis la mort de sa femme et qui doit beaucoup d’ennuyer, imagine Jojo, même s’il travaille beaucoup. Donc Jojo a une idée : lui trouver une femme, oui mais attention, une qui plaise aussi à Jojo ! Aidé de son copain Gros Louis, notre Jojo se met en quête. Les deux amis passent en revue toutes sortes de candidates possibles, mais aucune ne convient : toujours trop quelque chose … Jusqu’à ce qu’un jour en classe, une idée lumineuse frappe Jojo : la maîtresse bien sûr ! « Une femme gentille, cultivée et qui aime les enfants ! » Il faut à présent que René Semaine et mademoiselle Leblond se rencontrent. L’affaire est d’importance et nécessite une préparation minutieuse …
Jojo est toujours l’une des meilleures séries pour les enfants et sur les enfants, dont les qualités graphiques et narratives peuvent toucher un très vaste public, enfants comme adultes. Le dessin, rond et doux, convient parfaitement à ces récits où dominent la tendresse, la qualité des relations humaines, l’amitié. Mais Jojo ne vit pas dans une bulle protégée ni dans un monde enchanté. Il est bien dans la vraie vie, pas toujours facile. Mais il est entouré de gens qui l’aiment et qui l’aident à grandir. Mais nous, très égoïstement, nous n’avons pas très envie qu’il grandisse trop vite, le petit Jojo, car on l’aime beaucoup ainsi. A partir de 8, 9 ans.

Etoile, tome 2 : L’Homme chien, de RASCAL et Peter ELIOTT, Peter
Delcourt jeunesse, 2006 8,90 euros

Etoile est un petit garçon perdu, perdu et trouvé il y a six ans maintenant par les membres du petit cirque de Monsieur Balthazar, qui cahote et crapahute dans les campagnes. Il y vit à présent, très heureux avec ceux qu’il considère sa famille. Dans la famille d’Etoile, il y a Papa Zingaro, Maman Carmen, Papa Constantin le géant, Maman Rose, Papa Horace et Monsieur Bulle, le poisson du bocal. Etoile tient beaucoup à son pendentif, qu’il portait quand on l’a trouvé, une belle demi-étoile d’or. Il aime aussi quand Papa Zingaro lui raconte des histoires, quand on s’arrête le soir pour manger ensemble, rire et dire des bêtises qui font du bien, quand il va cueillir des fleurs avec Papa Constantin .. . La vie est belle pour Etoile. Mais un soir, alors qu’il part prendre un bain dans la rivière toute proche, Etoile perd son étoile dans l’eau et il est désespéré. Ses pères et mères se mettent en quatre pour retrouver son trésor, en vain. Et si c’était celui qui vit seul plus loin, le bizarre, le moche, le sûrement méchant homme chien le voleur ? Etoile y pense et ne veut pas y croire. Il veut en avoir le cœur net.
On ne présente plus ni Rascal, auteur et illustrateur de livres jeunesse confirmé, ni Peter Elliott, qui a aussi dessiné une bonne vingtaine d’albums à l’Ecole des Loisirs. Ces deux-là se sont associés pour créer ensemble trois albums illustrés avant de se lancer dans la bande dessinée pour enfants. Etoile est une très belle série, où la tendresse et l’humanité des personnages, souvent marginaux, sont une composante essentielle. P. Elliott parvient, par une mise en couleurs subtile et un dessin plus ou moins arrondi ou plus torturé, à rendre compte des différents sentiments du petit garçon, la peur de la nuit et du noir, l’eau qui devient hostile, les cauchemars, le bonheur d’être avec ceux qu’il aime … Une très belle fable sur la puissance de l’amour et sur la peur de l’autre, celui que l’on ne connaît pas et dont on se méfie. Une valeur sûre. Le tome 1 a reçu le prix Tibet au festival de Troyes en 2005.
Récit d’enfance, à partir de 8 ans

Les 3 petits cochons, de TAREK et Aurélien MORINIERE,
Emmanuel Proust, 2006 (Jeunesse) 9,10 euros

Avec cet album plein d’humour, intelligemment fait, les éditions Emmanuel Proust inaugurent une nouvelle collection de bandes dessinées destinée aux enfants de 7 à 11 ans.
Dans une forêt pas comme les autres, celle des contes, arrive un joli train à vapeur dont descend Shalom, le loup pacifiste hébreu. Sur le quai d’en face l’attend Salam, le loup pacifiste arabe. Les deux amis se saluent et font aussi la connaissance du vieux conteur sur un arbre perché qui leur donne les documents nécessaires à leur mission. Parallèlement, un lutin se glisse régulièrement entre les cases pour fournir aux jeunes lecteurs les explications nécessaires à la bonne compréhension du récit. Shalom et Salam cheminent donc en forêt et découvrent avec stupeur qu’ils doivent débusquer les trois petits cochons et les manger ! Le monde est devenu fou ! pensent les deux amis. Pourquoi agresser ces cochons qui ne leur ont rien fait ? Quant à les manger, pas question, leur religion le leur interdit ! Non mais ! Ils décident tout de même d’aller voir les cochons en question, rencontrent en chemin un petit chaperon rouge, un autre loup pacifiste, quelques nains (ils en comptent sept), un guide assermenté et arrivent enfin chez ceux qu’ils devraient exterminer.
Le vieux conteur a beau faire et défaire l’harmonie, il aura du mal à parvenir à ses fins …
Un très joli récit,tout en finesse, où la matière du conte traditionnelle est mise à contribution pour parler du monde dans lequel nous vivons, où le racisme et l’intolérance sont, hélas, monnaie très courante. Tarek traite ce sujet délicat avec justesse et humour, sans être ni trop pesant ni trop didactique. Le dessin de A. Morinière est dynamique et expressif, rehaussé par le travail de mise en couleurs de Svart qui apporte de la douceur au récit. Album réussi donc, à mettre sans réserves entre les mains de nos jeunes lecteurs qui devraient se régaler.
Conte humaniste, à partir de 8 ans

Basil & Victoria, tome 4 : Pearl. de YANN et EDITH
Les Humanoïdes associés, 2006 (Les 3 masques) 12,60 euros

Basil & Victoria, duo victorieux et explosif, ne sont pas revenus dans leur pays natal. On les retrouve ici avec grand plaisir dans un quatrième album inédit.
Nous abordons les côtes rudes et sauvages de Stareye, une île jetée au large de l’Ecosse. La mer, grise, verte, hostile, a brisé un navire et amené à plage quelques débris que quatre rouquines délurées au franc parler explorent. Parmi les débris, trois corps allongés : ceux de Basil, de Victoria et de Cromwell, le chien. Nos naufragés reprennent vie et font donc la connaissance des sœurs McDalton qui leur présentent leur environnement : une île perdue, sans ressources, où ne vivent que des femmes et où la seule pitance comestible se fabrique à base de macareux ! Le moral de Basil est en berne : encore des filles ! Ballotté entre Victoria qui rêve d’inviter la reine (du même nom) à prendre le thé, et les McDalton qui le bécotent à tout propos, Basil n’a qu’une idée : prendre le large, donc trouver un radeau. C’est une autre fille qui va l’aider, la petite Pearl qui, sous des dehors angéliques, se révèle pleine de ressources et de richesses bien cachées …
On se régale à lire ce bel album extrêmement bien écrit et qui s’inscrit dans la lignée des romans anglais du XIXe siècle, entre Dickens et Stevenson. Les dialogues sonnent juste, avec ce qu’il faut d’humour et de références et l’on s’amuse à suivre les disputes des deux héros, confrontés à des demoiselles parfois un peu rustiques ! Quant au dessin d’Edith, il a évolué bien évidemment mais il est toujours aussi élégant et expressif. Elle utilise la technique du fusain et donne une nouvelle tonalité à cet album dans l’action se situe dans un milieu rude, où la mer et le vent jouent à plein. Elle donne vie à ses personnages sur les visages desquels on lit les sentiments presque sans avoir besoin du texte ! A partir de 10 ans.